Quel est l’impact de la pollution atmosphérique sur notre santé ? – LE FIGARO

27 janvier 2018


Quel est l’impact de la pollution atmosphérique sur notre santé ?

 

AVIS D’EXPERT – Le Pr Bruno Housset*, pneumologue, revient sur les différentes études qui font désormais état du lien entre la pollution et la santé.

Bruno Housset.

 

L’impact de la pollution atmosphérique sur notre santé est un fait désormais avéré: selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air est à l’origine du décès de 3 millions de personnes, ce qui représente 5% des décès annuels mondiaux.

Si elle provoque des troubles cardio-vasculaires, elle est également la cause de maladies respiratoires, notamment chez les personnes les plus sensibles: femmes enceintes, enfants, population âgée. Ses effets varient selon le degré d’exposition: par exemple les personnes qui vivent à proximité d’un axe à forte circulation seront plus affectées que les autres.

En France, chaque année, 48.000 décès prématurés sont liés à la pollution atmosphérique. De nombreuses études font désormais état du lien de causalité entre l’environnement et la santé, en provoquant notamment la genèse, l’aggravation ou l’exacerbation de maladies cardio-respiratoires. Les citadins sont les plus exposés aux particules fines. Selon l’OMS, c’est dans les villes des pays industrialisés que l’on observe des niveaux de pollution élevés, avec une mortalité qui dépasse de 15 à 20 % celle enregistrée dans d’autres villes où l’air est relativement plus sain. Ce sont les particules fines, ces composés solides en suspension émis notamment par la combustion des moteurs, qui constituent les principaux facteurs de pollution de l’air.

«Deux heures de marche dans un quartier très pollué suffisent pour modifier l’état cardio-respiratoire d’un sujet sain.»

Bruno Housset, chef de service pneumologie au CHI de Créteil

 

Une étude menée à Londres — et parue récemment dans The Lancet — a comparé l’état cardio-respiratoire d’adultes sains (mais aussi de sujets atteints de broncho-pneumopathie chronique obstructive ou d’insuffisance cardiaque) de plus de 60  ans marchant deux heures, soit à Oxford Street (quartier particulièrement pollué), soit à Hyde Park (quartier peu pollué de la ville). Elle a montré que deux heures de marche dans un quartier très pollué suffisent pour modifier l’état cardio-respiratoire d’un sujet sain avec des effets retardés jusqu’à 26 heures après l’exposition…

Les particules fines mises en cause

 

Si les particules fines sont essentiellement la conséquence de l’activité humaine (trafic routier, transport maritime, chauffage au bois, chantiers, carrières), elles peuvent aussi être issues de sources naturelles: sables (saharien), sels, feux naturels, cendres volcaniques… Et plus elles sont petites, plus elles sont toxiques.

» LIRE AUSSI – Pollution: les particules s’infiltrent jusqu’au cœur

Les particules fines sont classées en fonction de leur diamètre: les PM10 (diamètre compris entre 2,5 et 10 μm) et les PM2,5 (particules d’un diamètre inférieur à 2,5 μm), appelées aussi nanoparticules. Pour une même masse, plus les particules sont fines, plus leur nombre – et surtout plus leur surface développée – augmente. C’est elle qui réagit avec l’organisme et assure la toxicité: En pénétrant profondément dans l’appareil respiratoire ou/et en passant dans le sang, ces particules en suspension dans l’atmosphère entraînent avec elles allergènes, métaux lourds et hydrocarbures. Leur élimination de l’organisme peut prendre du temps.

Pour le vérifier, une étude a exposé pendant deux heures des hommes sains à des nanoparticules d’or en inhalation (non toxiques pour l’organisme et détectables). L’étude a montré que les nanoparticules d’or se retrouvaient dans les urines de la plupart de ces sujets quinze minutes après l’inhalation et pouvaient être détectées jusqu’à trois mois après. Cela pourrait contribuer à expliquer les manifestations cardio-vasculaires en rapport avec la pollution (diesel, par exemple).

» LIRE AUSSI – Comment la pollution agit sur notre peau

Les vagues de chaleur augmentent les cas de problèmes respiratoires

 

Le réchauffement climatique constitue un autre facteur de risque d’exacerbation des maladies respiratoires, avec des pics plus fréquents de pollution à l’ozone, notamment dans les périodes de fort ensoleillement. Parmi les conséquences les plus fréquentes, on observe une augmentation des crises d’asthme ou/et des allergies respiratoires liées à une saison pollinique plus longue et plus intense. Toute vague de chaleur se solde par une augmentation à la fois des hospitalisations pour problèmes respiratoires et par une plus grande mortalité chez les personnes de plus de 75 ans. Les patients atteints de maladies cardio-vasculaires, d’insuffisances respiratoires, les nourrissons, jeunes enfants sont également plus vulnérables.

» LIRE AUSSI – La pollution de l’air tue plus que le sida ou le paludisme

Parmi les actions concrètes à mener pour diminuer les effets de la pollution sur les populations et protéger notamment les personnes vivant près d’un axe de circulation, il faut réduire l’utilisation du diesel et plus généralement des moteurs thermiques. Cela fait partie des préconisations portées par un consortium de grandes métropoles mondiales (Guapo – Global Urban Air Pollution Observatory) qui se réunit régulièrement au sein d’un projet d’observatoire mondial de la qualité de l’air urbain. Mis en place par le Clean Air Forum qui s’est déroulé à Paris en novembre dernier, il permet notamment le partage des bonnes pratiques à travers le monde et peut proposer des solutions innovantes pour combattre le fléau de la pollution.

*Bruno Housset est président de la Fondation du souffle et chef de service pneumologie au CHI de Créteil. Cet article est un extrait de son intervention au 22e Congrès de pneumologie de la langue française, qui a lieu du 26 au 28 janvier au Centre de Congrès de Lyon.

Laisser un commentaire